Pour beaucoup de Nigériens, l’assurance reste un univers flou, où l’on confond volontiers la compagnie qui porte le risque, l’agence où l’on signe le contrat et l’organisme chargé de faire respecter les règles. Cette confusion n’a rien d’étonnant, tant le secteur repose sur une chaîne d’acteurs aux rôles précis mais peu expliqués au grand public. Comprendre qui fait quoi permet pourtant de mieux choisir son assurance et de savoir vers qui se tourner en cas de difficulté. Voici, expliqué simplement, le rôle de chacun des maillons de cette chaîne.

Les compagnies d’assurance, le cœur du système

Tout commence par la compagnie d’assurance elle-même, celle qui porte réellement le risque. Concrètement, lorsqu’un assuré paie une prime, c’est la compagnie qui s’engage à l’indemniser en cas de sinistre, qu’il s’agisse d’un accident de voiture, d’un incendie ou d’un décès. Dans l’espace CIMA auquel appartient le Niger, ces compagnies se répartissent en deux grandes familles, selon le principe dit de spécialisation. D’un côté les sociétés d’assurance Vie, qui couvrent l’épargne, la retraite, la prévoyance et le décès, de l’autre les sociétés d’assurance Non-vie, également appelées IARD pour Incendie, Accident, Risques Divers et transport, qui couvrent les biens et les responsabilités du quotidien, l’automobile en tête. À titre d’illustration, un marché voisin comme celui de la Côte d’Ivoire comptait en 2023 trente-cinq compagnies d’assurance, dont douze spécialisées dans la branche Vie et vingt-trois dans la branche Non-vie, ce qui donne une idée de la taille que peut atteindre ce premier maillon dans un marché plus mature que celui du Niger.

Les réassureurs, les assureurs des assureurs

Un rouage moins connu du grand public, mais tout aussi essentiel, est celui de la réassurance. Une compagnie d’assurance, aussi solide soit-elle, ne peut pas porter seule certains risques trop lourds, comme la destruction totale d’une usine ou une catastrophe touchant des milliers d’assurés à la fois. Elle se tourne alors vers un réassureur, qui accepte de porter une partie de ce risque moyennant une prime, un peu à la manière d’une assurance que la compagnie souscrit elle-même. Dans la zone CIMA, ce rôle est en partie assumé par la CICA-RE, présentée comme le réassureur communautaire privilégié des compagnies de la région, vers laquelle des cessions légales de primes ont d’ailleurs été instaurées par le législateur de la zone CIMA. Sans cette mécanique de réassurance, aucune compagnie locale ne pourrait garantir des risques industriels ou catastrophiques d’une certaine ampleur.

Les intermédiaires, le pont entre les compagnies et le public

C’est probablement ici que la confusion du grand public est la plus fréquente, tant les mots courtier, agent général et mandataire sont souvent utilisés indifféremment alors qu’ils désignent des métiers distincts. L’agent général d’assurance est le représentant exclusif d’une seule compagnie, dont il place les contrats auprès du public, un peu comme un magasin franchisé qui ne vend que les produits d’une marque donnée. Le courtier, à l’inverse, travaille pour le compte de l’assuré et non de la compagnie, il compare les offres de plusieurs assureurs afin de trouver, selon les mots mêmes de la réglementation, les contrats les mieux adaptés ou au meilleur coût pour son client, auprès des compagnies avec lesquelles il travaille.

Le mandataire, enfin, désigne une personne physique ou morale mandatée par une compagnie autre que dans le cadre d’un agrément d’agent général, avec ou sans exclusivité, et reste une figure moins répandue dans la zone CIMA que les deux précédentes. Cette distinction n’est pas qu’un détail juridique, elle détermine concrètement dans l’intérêt de qui travaille la personne en face de l’assuré.

La bancassurance, quand les banques vendent de l’assurance

Un quatrième canal de distribution a pris une place croissante ces dernières années, celui des banques et établissements financiers qui commercialisent directement des produits d’assurance au moment où un client ouvre un compte, contracte un crédit ou souscrit un produit d’épargne. Cette pratique, appelée bancassurance, s’appuie sur la relation de confiance déjà établie entre la banque et son client pour lui proposer, souvent de manière simplifiée, une couverture décès, invalidité ou perte d’emploi adossée à son crédit, ou une assurance liée à son épargne. Dans plusieurs marchés de la zone CIMA, les agents de banques et d’établissements financiers figurent d’ailleurs désormais parmi les catégories reconnues d’intermédiaires d’assurance aux côtés des courtiers et des agents généraux.

Le régulateur, gardien des règles du jeu

Aucun de ces acteurs n’opère librement, tous sont encadrés par une architecture de régulation commune aux quatorze pays membres de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances. Cette organisation régionale, dont le siège se trouve à Libreville, repose sur plusieurs organes complémentaires. Le Conseil des Ministres des Assurances définit la politique générale du secteur et modifie les textes réglementaires qui composent le Code CIMA, entré en vigueur en 1995 et régulièrement mis à jour depuis, notamment pour renforcer les fonds propres exigés des compagnies ou encadrer la micro-assurance et la finance islamique. La Commission Régionale de Contrôle des Assurances, pour sa part, constitue l’organe de régulation qui supervise et contrôle les compagnies d’assurance, cette autorité supranationale se réunissant quatre fois par an pour statuer sur la situation des sociétés d’assurance, tandis que le Secrétariat général assure au quotidien la préparation et le suivi des décisions prises. Au niveau de chaque pays, un relais national, généralement rattaché au ministère des Finances, veille au respect de ces règles sur le terrain et instruit les demandes d’agrément des nouvelles compagnies.

Les organisations professionnelles, la voix collective du secteur

À côté du régulateur existent des structures qui rassemblent les acteurs du marché pour porter leurs intérêts communs. C’est le rôle que joue, à l’échelle de toute l’Afrique francophone, la Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines, créée le 17 mars 1976 à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, qui fédère les compagnies d’assurance de la région et contribue à la réflexion collective sur le développement du secteur. Certains pays disposent en complément d’associations nationales propres aux compagnies ou aux courtiers, qui jouent un rôle similaire à une échelle plus locale.

L’assuré, dernier maillon mais premier concerné

Il serait incomplet de clore ce panorama sans mentionner l’assuré lui-même, celui pour qui l’ensemble de cette architecture a été conçue.

C’est en connaissance de cause, en sachant distinguer la compagnie qui porte réellement son risque, l’intermédiaire qui l’a conseillé et l’autorité qui veille au respect de ses droits, qu’un assuré peut souscrire une police en toute confiance et faire valoir ses droits le jour où survient un sinistre. C’est précisément cette pédagogie que Takoula entend porter auprès du public nigérien, convaincu qu’une culture assurantielle mieux partagée profite autant aux assurés qu’à l’ensemble d’un secteur encore trop peu connu du grand public.

La Rédaction

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