Sous l’égide de la Direction du contrôle des assurances, des YIPs Niger, du Comité des Assureurs du Niger et de huit compagnies, le coup d’envoi a été donné ce samedi 3 octobre 2026 au FENIFOOT. Au-delà du sport, l’événement veut resserrer les rangs d’une profession dont le poids reste encore très en deçà de son potentiel.
Les crampons ont remplacé les dossiers de sinistres. Ce samedi, le complexe FENIFOOT a accueilli le lancement de la première édition du tournoi de football inter-compagnies d’assurances, organisé par l’Association Africaine des Jeunes Professionnels des Assurances, branche du Niger (YIPs Niger), en collaboration avec le Comité des Assureurs du Niger (CAN). La cérémonie a réuni le directeur du contrôle des assurances, [Nom et titre à compléter], le représentant du CAN, [Nom et titre à compléter], ainsi que les représentants des compagnies engagées et des principaux acteurs du marché.
Un lancement placé sous le signe de la cohésion
Les organisateurs et les parties prenantes présentes ont rappelé les objectifs de cette initiative inédite : renforcer la cohésion sociale entre les différents acteurs du marché à travers le sport, donner une forte visibilité au secteur des assurances au Niger, mutualiser les efforts et accroître la synergie d’actions afin de relever les défis communs. Le slogan de la compétition, « Plus qu’une entreprise, une équipe ! », résume cette ambition : faire dialoguer, hors des bureaux et des tables de négociation, des compagnies qui se côtoient chaque jour sur un marché étroit et concurrentiel.
Sur le terrain, huit compagnies et une journée dense
Le tournoi rassemble huit compagnies du marché nigérien, dont LEYMA, CAREN, MBA Niger, La Nigérienne d’Assurances et de Réassurances (NIA), VISTA Assurances, SUNU Assurances et CNA Vie, réparties en deux poules. Selon le programme officiel, les matchs de 30 minutes, séparés de pauses de dix minutes, se jouent simultanément sur deux terrains depuis 9h10, avec la reprise prévue à 16h00 pour les demi-finales. Le match pour la troisième place est fixé à 17h10 et la finale à 17h50, pour un coup de sifflet final attendu à 18h20.
Un secteur discret, mais au rôle structurant
Derrière l’ambiance conviviale se cache une question de fond : quelle place occupe l’assurance dans l’économie nigérienne ? Le Niger fait partie des pays membres de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA), dont le traité instaure une législation unique et un contrôle commun des assurances, avec pour objectif affiché de protéger les assurés tout en adaptant l’offre aux réalités africaines, notamment aux risques du secteur agricole et rural (Traité CIMA). Au plan national, la tutelle revient au ministère des Finances, à travers la Direction du contrôle des assurances, tandis que le Comité des Assureurs du Niger fédère la profession (Atlas Magazine).
Sur le plan économique, l’assurance remplit une double fonction. Elle protège ménages et entreprises contre les risques de la vie courante, de la route au chantier, en passant par la santé, le décès ou l’incendie, et elle collecte une épargne qui, correctement placée, peut financer l’économie.
Pour un pays où le secteur agricole pèse lourd dans la richesse nationale, estimé à environ 40 % du PIB dans une étude publiée par la revue Économie rurale, la capacité à couvrir les aléas climatiques constitue un enjeu de stabilité autant qu’un marché potentiel.
Les forces : un cadre régional solide et une profession qui se structure
Le premier atout est institutionnel. L’appartenance à la zone CIMA offre au marché nigérien un code unique, une supervision régionale et une harmonisation des pratiques qui sécurisent les assurés comme les investisseurs. Le deuxième tient à la structuration de la profession, avec un organe fédérateur, le CAN, et une relève organisée au sein des YIPs Niger, qui fait précisément de ce tournoi sa première grande action de visibilité. Le troisième est démographique : avec une population d’environ 29 millions d’habitants en 2025, très jeune et en croissance rapide, le Niger offre à l’assurance un réservoir de clients encore largement inexploité, ce qui se lit dans la faiblesse de la pénétration.
Les enjeux : confiance, inclusion et capacité à indemniser
Les défis sont nombreux. L’absence de culture d’assurance figure en tête des obstacles relevés dans l’état des lieux de la microassurance en zone CIMA présenté à la FANAF. Elle se double d’une réalité économique : à l’échelle de la zone CIMA, la majorité des populations travaille dans le secteur informel et échappe de fait aux produits classiques, selon une présentation sur les enjeux du marché diffusée par la FANAF en 2023. Le marché CIMA ne pèse d’ailleurs que 3 % du marché africain, d’après le même document, ce qui rappelle l’ampleur du retard à combler. À ces freins s’ajoutent, pour les experts du secteur, une fiscalité jugée handicapante et la fragilité du réseau d’intermédiaires. Pour une compagnie nigérienne, s’y ajoutent des questions de crédibilité qui se jouent au quotidien : la rapidité et la transparence du règlement des sinistres restent le meilleur argument commercial d’un assureur.
Les perspectives : microassurance, digital et assurance agricole
Trois pistes se dégagent. La première est la microassurance, c’est-à-dire des produits à faible prime, adaptés aux revenus modestes, que la CIMA considère comme un levier de développement pour ses pays membres. La deuxième est la transformation digitale : la FANAF et la CIMA ont engagé des études sur son impact, en lien avec la progression de la téléphonie mobile, qui permet de distribuer et de payer l’assurance autrement. La troisième est l’assurance agricole, en particulier indicielle, dont une étude publiée dans Économie rurale analyse les conditions de mise en œuvre au Niger pour protéger les producteurs contre les risques climatiques. Dans ces trois domaines, aucune compagnie ne peut avancer seule : c’est tout l’intérêt de la logique de mutualisation des efforts mise en avant par les organisateurs du tournoi.
Une première édition, une promesse d’avenir
En réunissant sur un même terrain les équipes des compagnies et les représentants de l’autorité de contrôle et de la profession, le tournoi envoie un signal : celui d’un secteur qui entend se faire connaître, se rapprocher du public et travailler en synergie. Reste à transformer l’essai, au-delà des 90 minutes de jeu, par des actions concrètes de sensibilisation et d’inclusion.
Par la rédaction de Takoula








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